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II – Entraîner c’est planifier

On peut avancer qu’il est extrêmement rare de voir des coureurs effectuer un bilan de leur saison et d’en tirer des conclusions, des pistes de réflexion pour une future programmation. Et c’est bien dommage car ce bilan semble incontournable afin de se préserver dans la pratique. En effet, on constate bien souvent que le coureur de Trail « consomme » trop de compétitions, parfois même trop d’ultras dans la saison. 

Combien voit-on de coureurs enchaîner désormais l’Ultra Trail du Mont Blanc en août puis la Diagonale des Fous en octobre. On peut aussi se poser la question des challenges ou des courses à effectuer pour parvenir à un classement (comme les courses imposées pour la ligue de Trail à Maurice par exemple). Enfin on s’interroge également sur les incroyables pouvoirs de récupération, comme par exemple Christophe Lesaux, 42 ans, surnommé le jaguar, qui en 2014 à enchaîné 3000 km en compétition avec plus de 140 000 m de dénivelé positif. En tout il a couru 21 compétitions, dont un enchaînement de 3 grosses courses (vainqueur de la Transgaspésia – 265 km, 25ème de l’UTMB – 168 km – et enfin 3ème du Tor des Géants -330 km-  et ce en un peu moins de 40 jours ce qui représente un total de 763 km avec 45 000 m de dénivelé positif.

Mesure ou démesure ? En tous cas, les grands penseurs russes et précurseurs de la programmation sportive que sont Matveiev puis Werchoschanski auraient eu matière à divaguer. 

Pour le spécialiste de l’ultra Sébastien Chaigneaux, il est important de ne pas rentrer dans le jeu des challenges et lorsqu’on lui pose la question de savoir si oui ou non il souhaite programmer des courses qui font partie du circuit du World Tour depuis 2014, il répond : « Je n’y participe pas pour une seule et unique raison. C’est contraignant et l’on est obligé de choisir les courses composant le challenge. Moi, je choisis mes courses et mon calendrier. J’ai peur que ce système finisse par drainer des blessures. Il faut être vigilant. Dans mon contrat, mes sponsors ne m’obligent à participer à aucune course. Ils peuvent me proposer des courses partenaires. Mais je suis libre d’y aller sans courir ou de faire une petite distance au milieu du peloton. Ça rapporte parfois plus de visibilité au sponsor que si je jouais les places devant ».

Quand bien même le Trail est une discipline magnifique car « c’est le plaisir de courir ensemble en pleine nature, de se confronter longuement aux obstacles qu’elle propose, de vivre ainsi des heures hors du temps, dans cet ailleurs que nous recherchons tous pour échapper aux soucis, ou à la routine, voire à la déprime du morne quotidien » (Noël Tamini, 2010), nous ne devons pas oublier que c’est aussi une discipline exigeante, parfois même traumatisante pour la santé. 

Le Trail, pratiqué notamment en montagne est surtout une discipline qui ne s’improvise pas. Car même en ayant un passé sportif, ou quelques références dans la course à pied, il est primordial de s’y préparer minutieusement, et même un peu plus qu’une épreuve de marathon ou de course en montagne. Il faut pouvoir assimiler progressivement la distance, la technicité et parfois le gros dénivelé de l’épreuve. Il faut aussi prévenir des possibles blessures et de tous les maux de ventre. Il faut enfin prendre conscience, et c’est un paradoxe, que la pratique ne doit pas être sans conséquences néfastes pour la santé. C’est pourquoi une programmation sérieuse doit être envisagée, et que les termes de planification, de charges d’entraînement et de récupération ne doivent pas être des mots « bannis » du vocabulaire du coureur de Trail, même pour le débutant.

Mais au fait, c’est quoi la planification ?

Le but de la planification de l’entraînement est finalement très simple, c’est en fait « d’obtenir la meilleure performance possible le jour J ». En quelque sorte il faut gérer différentes phases de l’année pour atteindre l’objectif fixé et être en super forme le jour voulu. A ce propos ne vaut-il mieux pas être « au top niveau » deux ou trois fois dans l’année que médiocre toute la saison ? 

C’est un vaste débat, mais parfois, on peut se poser ce genre de questions lorsque l’on voit évoluer la pratique actuelle du Trail, certes avec du plaisir mais loin des préceptes d’une programmation sportive raisonnable et raisonnée. Pour aller dans le bon sens il est donc préférable que les charges de travail soient programmées à l’avance en périodes spécifiques ou en d’autres termes ce qu’on appelle des « cycles » plus ou moins longs (ou des « blocs de travail ») de quelques jours à plusieurs mois. Pour cela il est nécessaire d’expliquer le vocabulaire de la programmation, et les méthodes utilisées.

Eric Lacroix

Eric Lacroix

Coach exclusif pacetraining.run