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Temps de lecture : 20 minutes

A chaque départ, on a beau s’être entrainé le plus correctement possible, je considère que le compteur est remis à zéro, pour éviter tout excès de confiance.

Même avec ce troisième départ d’affilée, c’est toujours la même émotion au départ. La zone d’attente sur Saint Pierre fait chauffer la marmite comme il se doit. L’émotion est grande, je repense à tous ces séances de “jerk”, ces « pyramidal », ces côtes longues.
Des sacrifices, il faut l’avouer ! Mais qui doivent permettre d’aborder le départ comme la cerise sur le gâteau et non pas comme un mur infranchissable. Je me sens assez bien cette année. J’ai respecté au mieux le plan d’entrainement avec 4-5 séances /semaine, du D+ et D- avalés, tout cela avec l’équilibre familial indispensable et l’indispensable repos.

22H, les fauves sont lâchés !

C’est donc parti pour les 15 premiers kms jusqu’à Domaine Vidot que je veux passer dans les 1h45 de course, pas plus vite, pas trop après, voyons…

DOMAINE VIDOT : 1h42’56, 895ème, 650md+, 14.7kms

Impeccable ! On est dans le bon tempo, sans se mettre dans le rouge bien au contraire. La ravito est un peu confus. Ça grouille de monde. Moi qui voulait juste prendre du coca pour stabiliser le ventre, il m’aura fallu 3 minutes, c’est beaucoup, mais c’est comme ça ! On repart, la suite nocturne devient plus sérieuse….Et le ventre n’est toujours pas à la fête. Ca freine mes envies d’allure mais c’est encore supportable.

NOTRE DAME DE LA PAIX : 3h47’44, 733ème, 1677md+, 25kms

Yes ! Je suis presque dans le chrono voulu. Entre la baisse de rythme que mon ventre m’impose et les quelques bouchons, je suis satisfait du temps de passage et j’ai grignoté une petite centaine de place. Nickel, malgré l’absence relative de plaisir due à la monotonie de la trace (pourtant si belle de jour !). Beaucoup beaucoup de sueur et les habituelles douleurs désormais pour partenaire. Mais on poursuit !

Une section délicate qui doit nous emmener vers Nez de Bœuf. Nous sommes désormais à  1650m d’altitude et nous allons….labourer ! Après un passage bitumé bien incliné et chiant, on pique à droite dans les fameux champs privés qui nous font longer le rempart…de la rivière des remparts…si belle de jour !

Comme d’habitude les lombaires s’y mettent au bout de 30kms. Je m’impose mon premier arrêt de 2min, sur une borne kilométrique afin de surélever les jambes et ainsi les soulager. Peu d’effet. Si ce n’est de me refroidir.

Je repars. Tentative de footing, bilan : ça ne va pas mieux..

PARKING NEZ DE BOEUF : 6h20’04, 583ème, 2463md+ cumulé, 39kms

“Bon chrono quand même oté !” me dis-je en arrivant mais aussi “AGLAGLA”

C’est toujours un soulagement d’arriver ici car cela correspond généralement à un imminent lever de soleil et avec le réveil du bio-rythme ! Je suis carrément en avance même sur l’édition 2018 !! (-32min !) Les 40h se construisent..

Le classement et le temps sont super satisfaisants malgré mes pépins mais subitement TOUT S’EFFONDRE. Le ventre fait subitement extrêmement mal et, après une tentative avortée de ravitaillement, je file à l’infirmerie pour au moins le réchauffer..

En réalité, je suis trempé de sueur, le bide est retourné, état nauséeux et je me mets à claquer des dents.

D.E.C.O.M.P.E.N.S.A.T.I.O.N.

Direction Infirmerie. 

Je quitte l’infirmerie. Gros check avec la team Infirmerie que je remercie du fond du cœur pour leur bienveillance et leur courage de tenir un poste médical dans de telles conditions.

Check de la montre : il est à ma montre 05h44 du mat’. je viens d’être paralysé 1h24. Dégouté. Et Il fait jour.

LA CATA ! 

On repart, zéro confiance..et -2° !

Alex est déjà loin, il a un ravito d’avance c’est énorme ! Il semble sur un nuage ! Chapeau mec, heureux pour toi comme je suis malheureux pour moi !

Allez, direction Mare à boue. Un peu de réconfort m’attend avec un ravito perso et ma progéniture de fille ! On se focalise sur cet objectif et on avance pas tant mal. Ce n’est pas tant la vitesse qui me permet de doubler tous ces coureurs mais plus plutôt parce que je connais bien cette descente je sais comment la grignoter niveau appui. Magnifique Piton des neiges en guise de toile de fond, y’a pire !

Et puis, je me rends compte ne pas être dans le bon wagon. Ce qui signifie que j’ai dû perdre un nombre inimaginable de places. Fais chier.

 
DIAG' 2019 : 50 kms pour l'Eternité

MARE A BOUE : 9h11’28, 1324ème, 2508md+ cumulé, 49kms

La cata redoutée est confirmée, pas moins de 741 places perdues, le drame. Moral aux ras des pâquerettes.

Je m’interroge “

Mais quand va passer ce retournement gastrique ?”

– j ‘avance lentement donc ça ne peut pas être le sang redirigé vers les muscles demandeurs ;

– je ne lui ai pas donné grand chose ni liquide ni solide : donc il ne peut pas être brassé”. Copie blanche.

Je commence à m’interroger sur mon alimentation dans la zone d’attente avant départ : bon, une inédite tartelette saumon-épinard et un gâteau inédit lui aussi. Seraient-ce les coupables ? intoxication alimentaire ?

J’intègre aussi dans ma refléxion le climat actuel, les températures sont irrégulières, des grippes v2019 et des virus résistants trainent ces temps-ci. Serais-je parmi ses victimes ?? J’en sais rien mais je galère et ça me gave de traîner.

La réalité du moment : aucun plaisir, grosse frustration et voilà dix heures de souffrance imméritée.

On va donc traverser mare à boue dans cet état d’esprit là : mal et malade. Ce fut long. Interminable. Abominable et c’est dommage. 

Il faut rallier Cilaos, base-vie majeure, on avisera sur place. Je sais bien que je dois arriver “normalement” arriver frais à Cilaos, puisque l’on a coutume de dire (et c’est fort vrai) : la Diag’ commence seulement  lorsque l’on rentre dans le premier des trois cirques… 

 

C'est beau & boueux ! Sans surprise en fait !
 

C’est beau & boueux ! Sans surprise en fait !

Les 800md- sur 2.5 kms de Kervegen seront une punition achilléenne et gastrique. Plusieurs arrêts allongés dans un sentier laissant peu de place au hasard. Je me tasse dans les herbes et les cailloux pour ne pas déranger les descendeurs dans cette portion historiquement mortelle.

C’est triste de connaitre si bien les sentiers. de les avoir tous parcourus en entraînement pour se faire punir dessus. Je vais le descendre ce coteau, non sans mal et sans plaisir. Chaque pose de pied est un supplice qui irradie jusqu’au soléaire.

La déroute physique et mentale est totale. Ecoeuré, je me sens hors course.

CILAOS : 1136ème, 13h32’40, 3305md+ cumulé, 66kms

Pâle, déshydraté et affaibli sérieusement avec une colère enfouie, je cherche le ravito pro..

J’ai pris des places ! LOL !Quelques-unes probablement durant la montée de mare à boue mais surtout par la réduction du temps de pause où beaucoup dorment et mangent à n’en plus finir. Quelle chance ils ont d’avoir l’appétit…

Je demande à mon ravito de rejoindre la zone kiné “réservée” mais situé à l’opposé…et du temps qui s’envole comme s’il n’y en avait pas déjà eu assez.

Douche froide sommaire sur les jambes et dans la tête. Au soleil, je me change de tenue et pourtant je grelotte ! Les amis sont là. Ils vont tout faire pour me réconforter. Tenir cet espoir aussi infime soit-il dans ce corps anormalement meurtri.

Le kiné, je l’attendais. Et je tombe sur un ami Kiné ! Grand sourire Vs Grande détresse. “Jean Christophe, tu connais mes jambes, mes faiblesses chroniques d’Achille. Pitié, fais un miracle !”

Bilan : tendinite achiléenne à chaque pied. Les talons souffrent.

“Hoka” ? me demande-t-il ? “Non , Salomon” lui repondais-je car les Hoka et leur surélévation, bof en 2018..

Pourtant, dans mon cas présent, pour soulager Achille à allure réduite, ce serait la solution. Ai-je mis ma paire d’Hoka dans mon sac de change ! Oui !!!!! Bordel, je pleure de joie intérieurement. Est-ce le début d’une issue ? Le temps d’un massage, de conseils “zénitude” de l’ami Julien (mille merci à toi purée !) et je décide de REPARTIR coûte que coûte pour aller discuter avec le juge de paix qu’est Mafate..

L’appétit n’y est pas mais je suis entouré de mes Amis qui prendront le départ de la Bourbon le lendemain. Même si je les vois désemparés par mon état, ils n’en demeurent pas moins une source revitalisante. Merci à tous ! Delphine, Bertrand, Yohan, Julien, Bruno ! Je vous kiffe !

C’est lentement que je repars de Cilaos après 1h30 d’arrêt , c’est beaucoup et je ne me sens même pas mieux physiquement…

PIED DU TAIBIT : 16h39’13, 1170ème, 3803md+ cumulé, 72kms

Ah le Taïbit !! Un gâteau que j’affectionne par la gourmandise de ses panoramas et la très relative progressivité de sa montée, à manger en 3 parts non égales..

Je pensais vivre une courte et belle descente vers Marla. Mais ça n’ira pas du tout, du tout ! Les talons d’Achille n’acceptent de nouveau pas les chocs de la descente, même chaussées d’Hoka c’est dingue ! J’ai l’impression de n’avoir que des os dans les chaussures. J’ai très mal. Je m’arrête plusieurs fois. Même en marchant, j’ai mal. C’en est trop ! Nous voilà à 16h de douleurs multiples, “pardon mais ce n’est pas du tout le but recherché”. 

 
Heureusement, le moment de la Tisane, c'est tout ce qu'il me reste de plaisir
 

MARLA : 19h02’26, 1102ème, 4572md+ cumulé, 78kms

Arrivé lamentablement à Marla, l’émotion et le désespoir vont s’emparer de moi. La descente a laissé des traces. L’issue de ma diagonale va se faire à Marla j’en suis convaincu. Je sanglote parce qu’après tout je ne peux plus rien retenir ni maitriser sur une diagonale définitivement ratée.

Et dire que des mini-vidéos “all supporter” m’attendent à Marla. Ça aurait du me galvaniser. Ça va me pulvériser. La vidéo de ma fille m’est livrée sur grand écran aux yeux de tous les traileurs autour. J’explose en sanglots. Entre joie et profonde tristesse d’être OUT, ici, dans ce paradis qu’est cet ilet si familier.. Le speaker me filme et m’interroge. Je lui raconte la durée et le nombre de pépins physiques. Il est désemparé. Moi aussi. Clap de fin ?

C’est, épaules tombantes et tête baissée comme découvrant ma sentence, que je file dans la zone de repos sous tente. J’entends à nouveau derrière moi la vidéo de Nola qui repasse en boucle, comme un heureux supplice. Mais c’est un cauchemar, bien réel.

Je fréquente brièvement la pseudo-infirmerie. Pas de solution, mis à part des anti douleurs, qui ne sont pas nécessairement les bienvenus dans ce ventre malmené. J’en prendrai un plus tard cependant.

Je vais aller dormir.  Plus que ça à faire puisque je vais abandonner. J’ai froid. J’ai honte. Je ne peux rien avaler. Je n’y crois plus mais le dossard est toujours sur sa ceinture.. Enfoui sous la couette, j’y reste une bonne heure. C’est trop pour les autres trailers qui attendaient leur tour-dodo, vraiment désolé mais je me sentais vraiment pas en capacité de me relever.

Je n’appartiens plus à la diag, à cette fête qui accapare mon esprit toute l’année.

Au repos et pour couronner le tout, des crampes apparaissent sur les quadriceps. Normal, quand on ne mange et n’avale rien, pas de scoop sur le coup-là.. .Enterrement en cours… RIP

Caché et Congelé sous cette couette urticante, je lis pourtant les nombreux SMS d’encouragements qui semblent appartenir au passé . Certains parviennent pourtant à me faire (sou-)rire. D’autres sont plus durs à encaisser..

“j’ai appris que tu étais dans le très dur, courage Florent tu es un guerrier”

“c’est la Catastrophe mais je ne rends pas encore le dossard”

Le temps passe, la nuit semble arriver, déjà. Que faire. Même l’abandon ici, c’est carrément la loose. Il faut rallier par ses propres moyens Cilaos ou, bien plus loin, le sentier scout par exemple.

Me vient une idée.

Je suivais sur le “liveinfo” une Amie qui fait sa Première Diagonale. On se connait bien. Mais je sais aussi qu’elle n’aime pas être accompagnée par des amis dans ce genre d’aventure intérieure.

Compte tenu de ma déroute et de son bon rythme, et n’est plus très loin d’arriver à Marla. Je décide donc de l’attendre. Elle repartira. Moi non sans doute. Mais on discutera. J’ai aussi envie de savoir si elle passe une belle Aventure, comme je l’espérais aussi pour moi.

Elle arrive. Je la rejoins, au beau milieu du terrain de foot faisant office de ravito ici. Elle est surprise. Elle lit forcément ma détresse lors de notre échange de regard privé de sommeil. Je lui explique. Elle me propose de faire un bout de chemin ensemble et d’aviser ensuite. On se repose alors sous une couette, allongé face au beau ciel dégagé mafatais et une pleine lune, apaisante malgré la fraîcheur réelle.

Après cette brève sieste où je ressens une pression retomber et un apaisement de m’être livré à quelqu’un qui me connait si bien, nous repartons. Je suis même parvenu à avaler une petite soupette fort salée. Durée à l’arrêt à Marla : 2h10.

Le ravito de la plaine des Merles, cirque de salazie est une mascarade. Il y fait froid à ce moment là et rien n’est prévu pour les malheureux-endormis congelés que nous sommes sauf à être blessés, bof bof. C’est donc sur une chaise en plein froid que mon amie va s’offrir une micro sieste. Je reste éveillé. j’ai envie de veiller sur elle d’ici à son réveil. Je n’ai plus mal. Je n’ai pas encore l’appétit mais je me réhydrate doucement avec un mix coca-eau que J’APPRÉCIE enfin.

Je sens qu’il se passe quelque chose déjà mais il y a la fatigue de la randonnée de nuit malgré tout qui floute les sensations.

Faisant presque fi du froid, je suis heureux de traverser Mafate avec elle, qui, mine de rien, me fait avancer !

Nous repartons vers le sentier scout. Là où j’aurai pu demander à quelqu’un de me récupérer. Il n’en sera rien.

L’abandon n’est plus du tout dans mon esprit ! Bien au contraire. Sans aucune prétention de finisher, le doute a cédé la place à l’ENVIE. Cette phase où le cadenas du Chrono saute et que seul chaque pas compte ! Pas de ravito à Scout. Un scan dossard et la sentence du classement tombe après un interminable arrêt à Marla

SCOUT : 25h01’02, 1517ème, 5164md+ cumulé, 89kms

En 2018 c’était 20h de course à ce check-point. Mon classement est pathétique mais cela ne m’atteint pas ou plus au fond. La diagonale a pris une autre tournure cette nuit : celle du partage et de l’attention et un poil de survie ! Et c’est très bien ainsi.

Alors que mon amie parvient à “négocier” avec son beau sourire une sieste dans une tente des formidables RAIDERS 2000, ces derniers m’accueillent dans la tente Popote !! A la chaleur d’une raclette sous tente (?!), je prend le risque de manger ! et ça passe ! Une raclette ! Mais tu le crois ça ?  Et tiens que je prend un bout de jambon aussi et un peu de riz et….un fond de vin rosé et du nutella ! ! Si là je ne gerbe pas..

Ben non ! no vomitos !! Et en plus on se marre à déconner du périple – un brin débile – tout de même qu’on s’inflige !

C’est abusé ce que je fais, mais bon dieu, cette p…..n de la chaleur humaine, ça fait un bien fou !

J’oublie finalement cette diagonale. Je vois passer beaucoup d’autres traileurs sur cette portion bitumée mais…..je m’en cogne !

Fin de la micro sieste pour ma partenaire d’infortune et après un grand merci et quelques bonnes plaisanteries avec les RAIDERS 2000, nous repartons, batterie partiellement rechargée ! Merci à vous ! Vous êtes formidables et à charge de revanche collègue !

Back To Mafate : le sentier scout.

Une quasi descente pas fondamentalement difficile mais assez longue jusqu’à la Plaque. Les ongles finissent par taper l’avant de la chaussure. Mon binôme trouve aussi cela trèèèèès long ! C’est pas la TDS ! Passage au mythique deux-Fesses, de nuit dommage ! Nous perdons beaucoup d’altitude, il fait donc progressivement moins froid, perfecto ! On assiste au spectacle habituel des dizaines de couvertures de survie installées sur les côtés de la plaque jusqu’à ilet à Bourse. Une ou deux belles montées courtes et raides nous ramènent à la réalité de Mafate : l’usure et la casse musculaire pour les trop-pressés. On y va donc “ti pa ti pa” mais c’est à moi de ressentir un coup de fatigue mais sans culpabilité. On est, je crois, sur le même état d’esprit. Micro-sieste, sans couverture de survie. Il fait assez bon, pas trop de crapaud cette année dans les nuits sauvages de Mafate ! Mais du grillon ! C’est presque surréaliste en fait cette sieste. On s’endort quasi instantanément et ces 8 minutes passent en un éclair. On se relève, un poil désorienté. Ah oui, on est sur la diagonale ! — Reconnexion — .

ILET A BOURSE : 27h48’07, 1497ème, 5440md+,100kms

Le classement se stabilise au rythme du jeu “dépassés-dépassants”. On traîne peu à ce modeste ravito. Celui de Grand Place étant plus fourni et peu loin, on embraye rapidement.

Sacrées montées pour gagner cet ilet ! Ouille ! Et elles ne sautent pas aux yeux sur le profil car courtes. Ce qui a logiquement le don d’agacer ma binôme. Je compatis, ça m’avait fait la même à ma première diag’. Ces montées restent éprouvantes pour un organisme privé de vrai sommeil et qui cumule bientôt les 100kms de labeur et 5000md+ unique en terme de technicité ! Et ces frontales-lucioles, semblent vraiment être dans le vide, tellement c’est incliné ! C’est toujours un peu effrayant de les voir, non loin de soi mais si haut ! “mais “quel monstrueux rempart nous attend !?”

Mais on les gravi. Je laisse mon amie toujours à une distance qui ne l’agacera pas tout en veillant à sa sécurité. On grimpe. On descend. Ça tape. Les corps et les nerfs sont à fleur de peau ici.

Vous avez remarqué ? Je ne parles plus de douleur…

GRAND PLACE : 29h05’16, 1503ème, 5565md+

La sieste s’impose. Comme chaque année, c’est ici qu’il faut essayer de se retaper pour espérer boucler le chantier de sortie de Mafate : Roche Plate & le Maido.

Au lit ! sous la couv’ de survie, nous nous offrons 25min de répit et c’est bien. Le temps d’essayer de manger un petit truc (et ça passe !!!!) on attaque ” Bigs Two VK” (comprenez Kilomètre Vertical!)

Le passage de la rivière des galets, étape symbolique qui annonce le début des montées et descentes vers Roche plate. Nous sommes à 560m d’altitude. Roche Plate est à 1110m mais on va le surplomber à 1200m, ben voyons !.

Les premières montées sont bien digérées et je tente de rassurer mon amie  : le jour va se lever durant l’ascension tout comme, je l’espère, nos corps ! Une copine du travail nous double ici, Sailé (que d’entrainement ensemble hein !). Je suis super content pour elle, je lui craignais une mauvaise passe plus tôt !-> Come on Saïlé !!

Et puis c”est de toute beauté ici, c’est envoûtant, mode game of throne ! Je sais que mon amie ne profite pas tant des paysages somptueux qui nous sont offert. Elle en a plein le c…de ces marches encore et toujours… Je l’invite parfois entre deux lever de guiboles à lever ou tourner la tête pour se rendre compte du spectacle. Je la voit dans le “dur”. Et ca me fait chier que les rôles se soient inversés en somme, elle, ma sauveuse.  Pour ses souvenirs, je la prend en photo, je capture aussi ces paysages époustouflants. J’ai me sens diablement bien et je m’amuse dans cette montée finale vers Roche plate en me faisant du fractionné, si si ! C’est étonnant mais c’est surtout diablement générateur d’espoir. Les problèmes de ventre sont un lointain souvenir ! C’est délirant !!

Et forcément, quand bibi n’a plus  de contrariété intestinale et que les jambes peuvent deplier et bien le moral et le plaisir sont de retour ! Il se passe quelque chose mais je n’ai encore rien vu..

ROCHE PLATE : 33h28’34, 1521ème, 6516md+ cumulé, 109 kms

Peu de photos dans Mafate by night, mais nos souvenirs sont là !

Peu de photos dans Mafate by night, mais nos souvenirs sont là !

BREF ! Allez, le grand rendez-vous Mafatais :  le Maïdo précédée de la Brèche.

On y va tout doux, la crainte est là pour mon amie. il s’agit d’en survivre intelligemment car, sorti de Mafate, ce n’est pas fini, même ça l’est pour les “promenades” dans les cirques.

On avance à notre rythme jusqu’à la Brèche, point de départ officiel de la montée du MaÎdo. le spectacle est somptueux, Mafate s’offre à nous sans gêne ni nuage ! Un régal visuel dans une crainte légitime d’en sortir vivant !

Je lui décompose la montée. Je lui précise que les 50 premiers % sont les plus hard et qu’après c’est un poil plus soft avec même du replat ! Si si ! Je monte à Mon Rythme qui en laisse curieux plus d’un, même de la Bourbon. Puis je m’arrête calmement u légendaire écriture “25 %”, et au tour des “50 %”. Je filme, parfois je redescend, je reste à distance d’elle. Je sais qu’elle maudit ces marches “improvisées”. C’est abimonablement raide le Maïdo soyons honnête. Elle doit aussi pester sur moi car ma précision sur la difficulté n’est pas à la hauteur de ses attentes..Désolé

Tenaces, nous arrivons au 75 %, on tient le bon bout. On entend quasiment depuis le début de l’ascension les encouragements des supporters agglutinés à la sortie du rempart à 2030m ! Ambiance tour de France là-bas mais il faut rallier ! Courage !!! Chaque pas est compliqué lorsqu’on s’initie à ce sentier intransigeant. Moi, je m’amuse. Je suis bien. Je ne l’explique pas mais je retrouve mon rôle d’acteur et non plus de figurant.

Arrivée sur la fin, mon amie ne veut plus de mes recommandations montagnardes. Je comprend sa difficulté.

Nous avons nos ravitos personnels en haut, il est temps pour moi de la laisser finir son ascension. Nous nous rejoindrons peut-être ensuite mais mon dieu MERCI INFINIMENT.

 
DIAG' 2019 : 50 kms pour l'Eternité
DIAG' 2019 : 50 kms pour l'Eternité
Le regard a bien changé non ?

Je termine donc la montée du Maïdo en trombe. Remonté à bloc, des jambes du premier jour…

Mise en place des écouteurs, je ne profite presque pas des encouragements pourtant exceptionnels en sortie de Maïdo ! Je viens de rentrer dans un état étrange. Une page se tourne. Je sens pouvoir en écrire une personnelle, avec ma signature.

Mon ravito est là, ponctuel ! Bravo et chouette ! En sortie de ti col, je m’assied. Il fait diablement chaud et un ravito en plain cagnard, ça ne donne pas envie de s’y attarder. Mais ca fait du bien de voir des visages familiers et d’évacuer le reste de frustration pour mieux rebondir..

Changement de tenue , rechargement du sac. Et tentative de repas. Bien qu’un peu barbouillé, je me lance juste avant de repartir dans un “hautement non-recommandable thon-mayonnaise industriel” !!!

C’est mal mais c’est bien ! J’ai adoré retrouver l’appétit, le goût et le plaisir de manger ! Idem pour le Coca, c’est sympa L’APPETIT !Alors avec voracité je me charge en sucre !

Je vais repartir. Le scan dossard est 1.5 km plus bas. Je vais repartir…Je vais repartir…je vais repartir !!


MAIDO : 36h42’18, 1459ème, 7600md+ cumulé, 120 kms.

Je rejoins un ravito pro. Je retrouve quelques amis dont Sailé qui pique un gros somme ! Dors Sailé, la Redoute t’attend ! Moi je fonce désormais !

50 kms pour l’éternité où plus rien ne m’arrêtera. Traileurs du Bourbon, relais Zembrocal ou de la Diag’, je passe en mode chasse. La punition est T.E.R.M.I.N.E.E..  Je vais donner, je vais me dépouiller.

Ni la technicité, ni la chaleur, ni l’usure musculaire et tendineuse liées à la longueur de cette descente (qui nous fait passer de 2000m à 160m d’altitude en 16kms) n’auront raison de moi. Pas de problème de TFL.

Je dévale, je vole, je suis en symbiose avec tout ce qui compose mon être. Je vois mon corps se mouvoir, donner sans broncher. Chaque appui est maitrisé. Chaque relance est contrôlée sur les nombreuses bossellettes invisibles sur le profil de course. Tout en plaisir. Le corps est enfin au rendez-vous en toute “évidence” mais ça reste incompréhensible. Je VIS ma résurrection, bordel !

Une remontada que j’ai encore du mal à assumer. “Elle va forcément s’arrêter ” me dis-je.

Arrivée à Sans souci, je dévale les rues bitumées à 15km/h. Irrésistible, doublé les traileurs devient un amusement !! J’attire la curiosité des badauds vu la couleur de mon dossard qui n’est pas celle des coureurs en relais, censés être fort rapide, eux..

Ça va vite mais va va bien ! Plus aucune peur, ni honte, plus de doute. Confiance illimitée. Ventre au repos.

ILET SAVANNAH : 39h16’31, 1201ème, 7666md+ cumulé, 131 kms

250 places prises. Passé un arrêt un poil trop long à Savannah, je repars tambours battant pour le sentier de bord. J’avale les dossards, j’appuie sur les cuisses dans les montées avec une cadence d’entrainement court. Sur l’extrême sentier Ratineaud, c’est bien simple : je saute et je m’accroche aux branches pour esquiver les cailloux fans de cheville. Je prends des risques sans doute inconsidérés mais j’ai tellement de plaisir à pouvoir donner que c’est plus fort que la raison.

RATINEAUD : 41h28’05, 1092ème, 8317md+ cumulé, 139 kms

110 places prises sur une portion impitoyable !Arrivé au ravito juste avant le redoutable sentier Kalla, je vois bien que je laisse sans voix les bénévoles. j’arrive a 16km/h tandis que les raiders doublés marchent, papotent. Tant pis pour eux, je suis affamé.

Proactif, je sors mes flasques 100m avant, à vive allure, je peux boire sans retenue, tout est clair et prévu. Je recharge et repars en trombe ! Sans oublier les remerciements aux bénévoles. Je suis surexcité, je ne ressens aucune fatigue. J’ai même hâte d’en rajouter pour me dépouiller. Kala, difficile mur mais court, je vais te survivre avec panache tout en rattrapant un nombre fou de trailers, là ou on ne double pas en principe..

Feu ! vers la Possession, l’excès de vitesse 🙂 se poursuit et le temps d’une déconcentration je me viande de tout mon poids sur une zone plate mais caillouteuse à pleine vitesse. Les doublés s’inquiètent et moi aussi. Ca va, je suis béni, je me relève direct ! Bon, les paumes de mains ont pris cher mais, sous hormone hyperactivées, je repars aussi sec !

LA POSSESSION : 42h47’26,  1019ème, 8476md+ cumulé, 147 kms

Des amis me surprennent peu avant l’arrivée mais je suis tellement dans ma bulle que j’en suis presque “dé-sociabilisé ! Désolé Xandra et Patrice, mais je crois que vous avez ressenti mon sur-état..

Le temps d’un bonjour et d’un sourire, feu sur le redouté et historique chemin des anglais.

4 grosses bosses sur des gros cailloux lamentables d’alignement. “Gères Flo, ne te fais pas punir”.

Ça passe crème ! Tout est relatif mais le monstre n’étant pas si gros ! Je mange encore du dossard. Je relance dès le moindre semblant de plat, sans considérer le type de terrain. Pas de temps à perdre ! curieuse reflexion mais ca restera mon leitmotiv. Comme courir après la vie. 


DIAG' 2019 : 50 kms pour l'Eternité

LA GRANDE CHALOUPE : 44h55’18 , 957ème, 8802md+, 156 kms

Le super ravito perso avec des amis, impatient et heureux d’être là ! J’arrive à fond et on me chouchoute ! On s’occupe impeccablement de mon sac : vérification frontale, pompote, tee shirt finisher obligatoire ! Ça sent bon mais la nuit est arrivée et mes yeux qui s’alourdissent. Je profite d’un kiné-jambon-gruyère mémorable et repars sur les chapeaux de roues bien qu’un poil barbouillé. Je calme la bête pendant 10min de marche et je rattaque de plus belle. Personne ne m’a de toute façon rattrapé ! Hurry-up Flo, il y a encore certainement du dossard à bouffer et j’ai une p….. de dalle. C’est fou cette rage. L’ascencion finale vers le Colorado est pénible, interminable mais bourrée ausi de zone bitumées plates voire descendantes où je peux exprimer mes qualités d’ultra- marathonien ! 14km/h qui donne vraiment l’impression que les autres raiders font marche arrière mais bon dieu que c’est jouissif cet état de trans ! Qui m’aime me suive ? Ah, personne ne m’aime 🙂

 
 
Le sentiers des Anglais. Moins caniculaire cette année. Heureusement.

Le sentiers des Anglais. Moins caniculaire cette année. Heureusement.


COLORADO : 46h43’01, 877ème, 9623md+, 166 kms,

Délirant ces temps de passage ! Vu cet état qui décide de ne pas me quitter, je fonce vers la descente finale. Au ravito, un trailer me dit “dépêches-toi, on a 1h15 pour être sous les 48h”.

Il m’avait poursuivi sur le bitume peu avant cette station-météo du colorado. Je lui répond assez séchement “je m’en cogne des 48h !

Mais en fait non ! Et je savais déja qu’1h15 c’était hyper “confort” vu ma gniak. Un appétit sans satiété en somme..

Le temps de le laisser repartir, je m’enfile un ou deux toast à l’arrache et repars pour le “bouquet final” dira-t-on !

Je le double finalement assez vite et j’entame seul la dangereuse descente vers La Redoute à une allure toujours aussi anormale ! Il y a parfois des wagons de trailers mais hors de question d’être bloqué ! Je l’ai trop faite cette descente en prépa et j’ai toujours la dalle ! J’avoue avoir été extrêmement offensif pour doubler mais jamais sans pousser. J’annonce d’ailleurs toujours mon souhait et mon coté de dépassement sur un sentier où pourtant il n’y a la place que pour un seul homme en largeur….

Certains ne joueront pas le jeu, scandant “vas-y le roi du sentier !”…

– “mais oui oui” ! Pffffff.

Ca m’a bien fait rire et je lui répond froidement :

– “Garcon, ça fait 165 kms où le jeu c’est de laisser passer les plus rapides et de doubler les plus lents, c’est quoi le problème sur les 3 derniers kms ?!”

Il s’est tu. Je l’ai doublé. J’ai poursuivi ma descente incensée, coupable mais pas plus que ça ! Merde quoi ! J’ai bien fait car là, ce n’est pas quelques secondes que l’on gagne, on est sur des blocs de dizaines de minutes.

Je sors de ce périlleux chantier “à bloc” et enfin les premiers spectateurs sont là sur le pont Vin-sahn ! Ils me lancent “doucement” ou “attention” convaincue de la dangerosité de mon allure ! Je n’écoute plus, je suis définitivemment ailleurs.

“NON MsieurDame, je suis dans le FLOW  !”

Je vais rallier le stade à 16km/h, effrayant presque les promeneurs qui n’ont pas trop le temps de me céder le passage sur le chemin final. Je suis remonté, je commence à serrer ce qu’il reste de paumes de main mais aussi les dents car je me dépouille le groupe cardio/muscu.

La Rentrée dans le stade de la Redouuuuute !!! Je taquine les spectateurs, encore assez nombreux à 21h30, leur hurlant qu”on en a bien chié” ! Et c’est parti pour les 200 derniers mètres de piste pour un finish en apothéose et un inhabituel jump pour moi, immortalisé par le photographe !!

C’est fait ! c’était inespéré ! C’est encore surréaliste vue la déroute annonçée !!!

Cette fois, j’en profite, la TV, l’animateur en chef Ludovic Collet.

Et j’ai encore des jambes en état de donner ! Je me retourne : 47h32’12 !! nom de zeus !

j’ai bouclé la descente en 49min, mieux qu’en entrainement en ayant 0 kms dans les jambes, parti de plus loin et avec des wagons a doubler …Serieux…cherchez l’erreur.

La frontale vole, une rage de vivre ressort, une revanche s’exprime, une intense fierté s’empare de moi pour ces 50 kms INVRAISEMBLABLES, aussi rapide que des finisher en 34h !

Mon Amie Guerisseuse sera finisheuse aussi en 53h et quelques. Enorme tout simplement. Mon dieu que je suis fière de toi et je te suis infinimment reconnaissant !

– Sailé aussi ! La machine a D+ a parlé !!! En 53h aussi !

– L’ami Alex du départ fait le Grand Raid de sa Vie : 39h44, chapeau bas !!! Qui a mangé du lion hein ???

– Gregory et son pote FINISHER aussi yaouhhhhhhhh ! GENIAL et chapeau bas ! On a bien célébré hein !!

Merci à ma famille, et tous ces encouragements , sms à foison, vidéos, tout ce qui permet de tenir, de repousser le seuil de l’abandon, de maintenir le cadenas de la conviction verrouilé, malgré tous ces aléas.

MERCI LA REUNION ET LES CREOLES POUR VOTRE CHALEUR HUMAINE IRREMPLACABLE !

– Tous ces gens qui ont vibré ou ont été inquiets quant à ma progression, follement anarchique !

Vous vouliez du suspens , si vous ne l’avez pas eu moi je l’ai vécu !!! Je voulais l’Emotion, REBELOTTE ! Et forcément j’en redemande comme n’importe quelle addiction incurrable.

Une diagonale encore une fois inoubliable en tout point, et inexplicable en nombre de points.

Merci à PACE pour la préparation !

Le programme PACE , c est s ‘entraîner libre ! En fonction de sa forme du moment et/ou de son temps libre, on peut progresser “ti pa ti pa” dans son projet sportif.

Le ressenti d’effort permet d’oublier le “diktat de l’allure” et me concernant, venant de la route, ce n’était pas naturel. Mais que c’est bon de travailler à la forme du jour,  de faire du vélo le jour où les cannes sont raides plutôt que de s’acharner. Fatigué, cela donnerait lieu à une mauvaise séance et/ou l’arrivée des blessures, alors l’entrainement croisé proposé dans les plans est judicieux !
Alors merci pour ces top-programmes adaptés au trail-objectif, personnalisables et bourrés d’astuces du coach !
L’appli pour smartphone, de plus en plus aboutie est un VRAI plus !
Prochain plan : UTMB 2021 !!
Goooo !!!


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